rivalités et jalousies dans la fratrie

Comment atténuer les rivalités et les jalousies dans la fratrie ?

Qui d’entre nous, parents, ne s’est pas trouvé démuni, face aux chamailleries, aux moqueries, aux cris et aux disputes incessantes de nos enfants ?

Parfois, malgré les meilleures intentions du monde, nos tentatives pour améliorer la situation se soldent par un crescendo d’hostilité…

Améliorer l’ambiance dans la fratrie est un challenge passionnant pour qui possède quelques informations et quelques clés. Pas de baguettes magiques, mais elles ont le mérite d’aider à prendre du recul et d’apporter un véritable bol d’air dans la vie familiale.

 

1 : Porter un autre regard sur les disputes :

Une bonne nouvelle : il est normal que nos enfants se chamaillent de temps en temps : « Une fratrie qui va bien est une fratrie où il y a moitié disputes et moitié moments de complicité ». (Nicole Prieur)

Dans leurs interactions, les frères et sœurs s’entraînent à développer leurs compétences sociales : affirmation de soi, gestion des émotions, résolution de problèmes… Des compétences qui leur seront utiles leur vie durant.

Aussi lâchez prise et envisagez différemment les chamailleries entre vos enfants.

 

2 : Envisagez ce que peuvent ressentir vos enfants :

Malgré tout l’amour que l’on porte à nos enfants, on ne pourra pas supprimer les blessures liées à la construction de la fratrie. Une mauvaise entente entre les enfants peut avoir comme origine les premières années de cette construction. Dès l’arrivée du second dans la famille, l’aîné perd son statut d’enfant unique. Il n’aura plus jamais l’amour exclusif de ses parents.
Quant au cadet, il n’aura jamais connu le plaisir d’avoir ses parents pour lui tout seul. Et son frère ou sa sœur aîné(e) fera la plupart des choses avant lui…

Imaginez … votre mari ou votre femme vous annonce un soir : « Chéri(e) tu es tellement merveilleux(se) que j’ai envie qu’il y ait une autre femme (mari) comme toi à la maison … ». Malgré ses bonnes intentions (quand même…) et l’amour que votre mari ou votre femme peut vous porter, vous n’êtes plus le ou la seule à la maison …
Il vous faut à présent partager, attentions, temps de présence, et de nombreuses situations du quotidien qui risquent fort d’être sources de tensions…

Quant au ou à la nouvelle venu(e) dans la maison , il ou elle devra s’y faire sa place!

Une mise en situation qui permet d’un peu mieux envisager les sentiments de vos enfants et les rivalités.

 

3 : Des échos à votre propre histoire :

Notre histoire personnelle influe grandement sur nos relations familiales d’adulte.
Quand nos enfants se disputent, le phénomène des neurones-miroir nous renvoie à notre propre enfance et à notre propre fratrie :

  • Quelle était notre position dans la fratrie ?
  • Quelles étaient nos relations avec nos frères et sœurs ?
  • Étions-nous enfant unique ?

Un questionnement personnel qui nous permet de saisir la difficulté d’être tout à fait neutre dans la gestion des conflits de nos enfants… (C’est sans doute la raison pour laquelle on résout plus facilement les disputes d’enfants qui ne sont pas les nôtres ! )

En prendre conscience est une première étape.

L’étape suivante ne fait pas l’économie d’apprentissages : seuls l’entraînement et la pratique nous permettront de dépasser l’effet miroir et ses automatismes.

 

4 : Donner la même chose, c’est donner moins…(A. Faber et E. Mazlish).

Il (elle) veut ce qu’a son frère (sa sœur)… « Moi aussi, je veux une voiture télécommandée! »… « Je voulais le cahier rouge ! »…

On a l’impression que donner la même chose aux enfants ou acheter par exemple pour le même montant de cadeaux permet d’éviter les rivalités. Un enfant a besoin de recevoir ce dont il a besoin, lui, et pas un autre. Il a besoin d’être aimé pour lui-même.

Aussi, même si ce n’est pas toujours évident à faire, il est intéressant de ne pas systématiquement chercher à donner la même chose à chacun des enfants.

Le plus difficile est donc d’essayer d’être équitable, en tenant compte des besoins de chacun des enfants.

 

5 : Nos enfants sont uniques, évitons les comparaisons !

« Tu as encore laissé tes affaires sales par terre. Va voir la chambre de ton frère. Il ne laisse rien traîner, lui », « Regarde le bébé comme il est calme, il ne pleure pas comme toi… » ou « Tu pourrais manger tout seul, ta sœur y arrivait à ton âge… ».

A chaque fois que l’on compare défavorablement un enfant à un autre, l’enfant entend le message suivant : « Ton frère (ou ta sœur) est meilleur (e) que toi». Et il traduit : « Ce que je fais n’est pas bien, je suis nul… » Ou pire : « Mes parents l’aiment plus que moi »…

«  Tu fais tes devoirs tout seul toi. C’est pas comme ton frère. »

Même favorable, la comparaison reste une comparaison : quoique nous disions à nos enfants, inutile de faire référence à un des membres de la fratrie, à un proche… C’est attiser les rivalités.

Contentons-nous de décrire ce que l’on voit, de dire ce que nous ressentons. Donnons une information sur ce qu’il est nécessaire de faire.

  • « Je vois ton pyjama sale par terre »
  • « Je suis contrariée de le voir traîner »
  • « Le pyjama sale se met dans la panière »

Nos enfants se mettent d’eux-mêmes dans le mode comparaison. Évitons d’en rajouter. C’est vrai, l’aîné au même âge que son cadet avait acquis l’alphabet avant son entrée en maternelle… A chacun ses compétences. A nous de valoriser les unes et les autres.

 

6 : A chacun son tempérament !

Chaque enfant a une réaction au monde et à son environnement qui lui est propre.

Ils sont sortis du « même moule », mais ils ont chacun un tempérament différent, voire très différents. Celui-là est un tôt-levé. Cet autre, une marmotte. Il aime jouer calmement avec ses jouets. Son frère ne reste pas assis tranquillement plus d’une minute…

Anxieux, craintif, téméraire, émotif, exigeant, sociable… Des traits qui ne dessinent pas encore un « petit caractère ». Un tempérament peut évoluer. Voyez comme le changement de leurs goûts, de leurs habitudes nous étonne parfois.

Mais il peut s’avérer difficile de s’entendre pour des enfants d’une même fratrie lorsque leurs tempéraments sont très divergents.

Notre challenge : reconnaître et accepter que nos enfants puissent être différents et leur apprendre à manifester leurs désaccords de manière respectueuse. Véritable challenge quand on sait que le tempérament de notre enfant et notre manière d’être, interagissent en permanence…

 

7 : Pas d’étiquette ! Pas de rôle imposé !

« C’est toi le plus grand, tu pourrais donner l’exemple… » « Surveille ta sœur… », « Sois raisonnable, ton frère est plus petit… ».

Par habitude, on appelle les enfants : la grande, le petit, le bébé… Et nous leur attribuons un rôle dans lequel nous risquons de les enfermer.

Et encore : Le râleur, la princesse, le bagarreur, le pleurnicheur… Des mots qui deviennent des étiquettes et risquent de limiter nos enfants.

Continuons simplement à appeler nos enfants du prénom que nous avons choisi pour eux lorsque nous les attendions.

Et accordons-leur la liberté de changer de rôle.

A nous de leur montrer une autre manière d’être et d’agir, plus adaptée donc plus valorisante pour eux.

Ne les privons pas de la chance de se construire en liberté, riches de tous leurs possibles.

 

8 : Une histoire de vase…

On le remplit. Il se vide. Le vase de nos besoins affectifs. Une image, bien sûr…

Mais quand nos enfants se chamaillent, si nous nous posions la question de l’état de leur réservoir affectif. Quel besoin n’est pas satisfait dans l’instant: amour ? attention ? …

Quand nous intervenons nous répondons au besoin évident d’attention. Mais l’intervention ne règle que la dispute.

Ce n’est pas toujours le cas, mais les chamailleries cachent souvent un besoin plus profond.

Essayons de proposer, à chacun des enfants, un temps de jeu ou de lecture, d’écoute privilégiée.

Des temps de partage qui font du bien, au cœur et à la relation… Consoler, écouter, rassurer votre enfant libère dans son cerveau des substances importantes dans la gestion de son stress (ocytocine et opioïde).

En remplissant le réservoir affectif de chacun … Parents, enfants …Tout le monde en ressort gagnant.

 

9 : Accueillez leurs émotions difficiles :

« Je n’aime pas le bébé, je veux qu’on le ramène à l’hôpital », « Je veux que mon frère meure…au moins je serais tranquille… »

Des phrases qui vous parlent ? Qui vous ont déstabilisés ?…

Ce sont des paroles très violentes, mais prononcées par des enfants en pleine tempête émotionnelle.

Aidez-les à en sortir.

Une proposition :

Pour faire baisser la pression, pratiquez l’écoute active et empathique :

  • Accueillez l’émotion, sans jugement.
  • Nommez le sentiment « Je vois que tu es très en colère », « J’ai l’impression que tu es furieux… », « tu te sens triste? ».
  • Reformulez si besoin ses paroles (sans conseil… ni solution…).
  • Soyez proche. Posez votre main sur son genou, sur son épaule… Faites-lui un câlin, si l’enfant l’accepte. Soyez présent(e), physiquement présent(e). Cela permet la diffusion de l’ocytocine, l’hormone qui joue un rôle important dans la régulation des émotions.

Une fois la pression descendue, on discute… et on dit ce qui est important pour l’enfant…et pour nous.

Essayez : c’est encore un challenge, mais plus nous permettons aux enfants de se dire qu’ils ne s’aiment pas entre eux, plus nous les aidons à s’aimer les uns les autres.

Les émotions agréables ne peuvent apparaître que si on permet aux émotions difficiles d’être accueillies.

 

10 : Soyons des parents suffisamment bons … (Winnicot)

Lorsque l’enfant paraît…

Une belle aventure qui commence mais également un vrai bouleversement de nos rythmes, de nos habitudes, de nos besoins physiologiques les plus primaires : selon une étude réalisée par des chercheurs britanniques, le parent perd en moyenne 44 jours de sommeil (soit 6 semaines) la première année de bébé.

Alors quand la fratrie s’agrandit la résistance au stress est d’autant plus mise à mal.

On a beau s’y préparer, l’arrivée d’un enfant dans le couple, dans la fratrie, est une véritable révolution.

Aussi déculpabilisons :

  • Lâchons prise avec l’image du parent parfait.
  • Prenons soin de nous et de nos besoins.
  • Faisons de notre mieux, avec cœur, en acceptant nos limites de l’instant.
  • Soyons humains, tout simplement…

Et quand c’est trop difficile, n’hésitons pas à demander de l’aide en faisant appel à des soutiens, en participant à des groupes de partage, en ligne ou près de chez vous.

« Seul on va vite. Ensemble on va plus loin »…

 

Les points clés de l’article résumés en image:

mind map jalousie et rivalités

Suite à la lecture de cet article, quel va être votre premier pas concret pour atténuer les rivalités et les jalousies entre vos enfants ?

Quand allez vous le réaliser ?

Vos réponses dans les commentaires.

Je propose également un atelier pour réguler les tensions dans la fratrie sans cris, ni menaces, ni punitions : L’atelier « Gestion positive des disputes entre enfants ». Cliquez ici pour plus de renseignements.

Le livre de A.Faber et E.Mazlish « Frères et soeurs sans rivalités » pour approfondir le sujet :

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